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le collectionneur d’art : amateur éclairé ou consommateur fortuné ?

En octobre 2014, plusieurs personnalités, artistes, critiques et théoriciens, signaient une tribune ayant pour titre « L’art n’est-il qu’un produit de luxe ? ». À l’heure de l’ouverture à Paris de la fondation Vuitton dans un bâtiment conçu par l’architecte superstar Frank Gehry, leur crainte étaient que l’œuvre d’art, aux mains de fondations privées, soit irrémédiablement reléguée au rang d’objet utilitaire. Bref, l’œuvre d’art deviendrait un objet de luxe. Et uniquement cela.

Le collectionneur en amateur éclairé

La collection privée apparaît en Europe au XVIe siècle. On tient la galerie de portraits de Paolo Giovio comme l’un des premiers exemples de collection constituée et organisée. Durant toute la Renaissance, la vogue des cabinets de curiosités fait apparaître la figure du collectionneur en amateur éclairé. Ces collections privées sont d’abord à l’usage de leur seul propriétaire ou de son cercle de connaissances. Il faut attendre le début du XVIIIe siècle en France pour que certains artistes revendiques d’avoir accès aux collections royales, considérées par eux comme source d’inspiration. Cette revendication donne bientôt naissance aux premières expositions publiques qui connaissent un développement sans précédent après la Révolution avec la constitution des collections nationales. La collection privée n’en disparaît pas pour autant mais évolue. En plus de l’accumulation, première caractéristique de la collection, viennent bientôt s’en adjoindre deux autres : l’exhibition et le don.

Le don comme seule solution à la conservation

Le don va parfois être la seule alternative à la survie de la collection. Certaines prenant une importance telle qu’elles ne peuvent que difficilement être conservées et entretenues dans le cercle domestique. Ainsi en 1925, le peintre François-Xavier Fabre fait don de sa collection de tableaux, livres et estampes à la ville de Montpellier à la condition que celle-ci en fasse un musée. À la fin du XXe siècle, Georges Bemberg choisit quant à lui de créer une fondation à son nom et d’installer et rendre publique sa vaste collection largement constituée de maîtres de la peinture flamande d’impressionnistes et de fauves à l’hôtel d’Assezat, joyau de l’architecture Renaissance à Toulouse et propriété de la ville.

Collectionneurs mécènes

Dans le domaine de l’art contemporain, le rôle du collectionneur est primordial. Les lieux et initiatives dans le domaine ne manquent pas. On peut citer Antoine de Galbert, héritier d’un groupe de la grande distribution et créateur de la Maison Rouge à Paris, un des lieux d’art contemporain les plus inspirés de ces dernières années. Le couple formé par Françoise et Jean-Philippe Billarant qui créent le Silo à Marines, a choisi d’investir sa fortune dans la constitution d’une collection dont la cohérence n’a d’égale que l’excellence artistique. Il convient de noter qu’ils sont parmi les rares amateurs d’art à financer, non plus en tant que collectionneurs mais comme mécènes, la musique de notre temps. Marc et Josée Gensollen ont eux choisi de vivre au milieu de leur collection et d’ouvrir sur rendez-vous leur maison-musée aux curieux. Ces amateurs éclairés peuvent chacun à leur manière, être considérés comme les dignes héritiers de ce qu’on appelle le « goût Rotschild », ce goût, qui définit une collection hétéroclite pourtant rendue homogène par la personnalité de son propriétaire et concepteur. Car une collection ne se construit pas à coup de millions investis dans l’achat des œuvres, mais par le goût, le regard et la passion de l’amateur. Qu’il soit banquier ou riche industriel venant en second.

*cet article a été initialement écrit dans le cadre d'un projet collectif autour du luxe. 

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